Transmédia : CONCEPT INDEFINISSABLE

CONTEXTE DE LA DEFINITION

Le concept transmédia tend à être une discipline artistique et communicationnelle, une pratique créative et narrative prenant en compte l’interaction et la participation du public, qui se propage, se transforme et se transpose sur des supports médiatiques complémentaires , et dans un récit multidimensionnel.

A cette discipline peut s’ajouter toute pratique socioculturelle, artistique, mécanique de jeu et web social, ainsi que des évènements en temps réel.

Une création transmédia compose un univers narratif (« Storyworld ») qui tire le meilleur de chaque médium utilisé : tous média, y compris analogiques, qui sont les supports de diffusion. Le récit est trans-porté et trans-formé par son audience qui peut devenir active. La culture participative prend possession de l’histoire, de l’univers du récit, de l’œuvre.

Le concept se base sur la transdisciplinarité et la combinaison de liens qui se tissent dans un récit associé à une communauté. La narration transmédia existe lorsque certaines conditions sont remplies. Ce qui rend le concept nouveau à nos yeux du 21ème siècle, ce sont les outils et les modes communicationnels émergents.

En 2011 Karine Halpern proposa plusieurs définitions en anglais pour amorcer une discussion ouverte : “Transmedia could be”

  • Transmedia involves a creative community and happens when STORYTELLING and EXPERIENCE come together in a creation designed for multiple devices, formats and platforms.
  • A concept, an adjective, a complex notion that is understood viscerally by each individual within a community of associated professionals or practitioners in the field of transmedia creation.
  • A project can be defined as taking a transmedia approach, when both STORYTELLING and  EXPERIENCE are interwoven. Transmedia properties are those which tell different parts of the story across multiple devices on multiple platforms. A true transmedia experience would enlist the participation of a community.”

De 2010 à 2013, au fur et à mesure des rencontres professionnelles et des “Meetup” ouverts à tous, nous proposions le sens du concept selon lequel 3 notions principales s’entremêlent dans une expérience transmédia :

  1. les campagnes en réseaux sociaux (“social media marketing”)
  2. le récit transmédiatique (“transmedia storytelling”)
  3. la production multi-plateforme.

Notre postulat : transformer, transcender, hacker

Malgré notre postulat et les efforts soutenus depuis 2010 dans la culture numérique, et ce sur le plan international, les internautes, francophones spécialement, mais parfois aussi anglophones, intéressés par le terme « transmédia », peuvent encore confondre le sujet de la création et communication transmédia avec des sujets émergeants tels que :

  • la production multiplateforme,
  • le contenu augmenté,
  • la franchise dans le secteur du divertissement,
  • le jeu,
  • les parcours animés,
  • l’expérience utilisateur,
  • le web social et les communautés
  • le marketing et le « brand-content »
  • le web-documentaire, documentaire interactif

Une hésitation se fait sentir à propos de l’usage du mot en ce qui concerne la façon dont l’utilisateur passe de données en données, ou de contenu en contenu, sans faire allusion au fond du message qui influe son action, le geste de l’utilisateur, que ce soit avec un outil numérique ou non. Il est encore possible d’entendre et de lire des bloggeurs, ou prestataires de service en herbe ou expérimentés, s’assurer de séparer l’idée du « crossmédia » avec le terme « transmédia », et de se positionner très fort sur un axe commercial autour d’un concept flou dont personne ne détient les réelles valeurs académiques, historiques ou professionnelles. Alors ils citent HENRY JENKINS, comme si ce sujet pouvait se reposer sur une personne, un seul chemin de travail…

S’il vous est important de vérifier les travaux sur le concept transmédia, référez-vous à la thèse de CHRISTY DENA  et reportez-vous à TRANSMEDIA RESOURCE KIT, du Canada, en plus des évidentes pages WIKIPEDIA dont nous avons pu garder vivante la version française grâce à nos actions en 2011. JULIE STRATTON est une des toutes premières à avoir travaillé sur ce sujet en créant Transmediaresources.com, et SCOTT WALKER le premier à recenser les évènements sur le sujet, la formation de groupes de réflexion, et avoir proposé un fil de ressources documentaires. Il est également un des pionniers sur le thème de la narration, qui donc définit le concept transmédia avec l’idée du SHARED STORYWORLD. Un nombre grandissant d’entreprises, installées ou en mode start-up, tentent l’aventure du concept transmédia en le positionnant en tant que « genre », ce qu’il n’est pas, ou en tant que « discipline », ce qu’il est en faisant référence à la TRANSDISCIPLINARITE, comme son nom l’indique, donc à un besoin de compétences multiples et associées, combinées, pour la production d’œuvre ou de campagne de communication transmédia.

Ce concept demande une telle ouverture d’esprit, qu’il faut y aller avec ses tripes.

Nos archives nourrissent nos réflexions que nous partageons via des réseaux sociaux depuis 2010. Beaucoup ont été reprises, souvent sans citation ou même mention des sources. Notre méthode se fonde sur la maïeutique et nos groupes sont « transients ». Nous restons fidèles aux pionniers et faisons le plaidoyer pour le concept transmédia en tant que discipline socio-culturelle et artistique, en tant que pratique communicationnelle, avec un point de vue anthropologique, voire philosophique, avec le respect des sources et des travaux de qualité. Nous avons une vision post révolution numérique et prônons une éthique des pratiques numériques.

Pour valider nos idées, KARINE HALPERN (@KHenthusiasm) rencontre personnellement les praticiens, des experts et chercheurs, pour les interroger et vérifier ses réflexions. Son travail se base aussi sur une carrière de 30 ans dans la culture et la communication, la coopération internationale et la production de contenus artistiques ou de commandes.

Du point de vue de la terminologie, la langue choisie pour exprimer le concept étant très importante dans le résultat de sens, nous mettons parfois deux versions en parallèle quand c’est à propos.

En français, nous ne pouvons pas vraiment dire « le transmédia », encore moins avec un T majuscule, car il ne s’agit pas d’un nom propre mais bien d’un adjectif. Merci à EMMANUEL BETHOUX, (@EmmanuelBethoux), professeur documentaliste, pour sa recherche et son intégrité. Le terme s’accorde donc avec un nom et si vous appliquez cette règle linguistique, vous aurez alors plus de facilité à comprendre son concept et à l’utiliser dans vos démarches artistiques , communicationnelle, et de production. Le terme ne peut donc pas prétendre à une discipline qui serait  ”Le transmédia” et restant un adjectif nous dirions : la narration transmédia, la communication transmédia, la production, la pratique, l’œuvre, un dispositif ou une expérience transmédia…

Un concept peut donné lieu à une discipline, qui elle donne lieu à des pratiques, puis des méthodologies. Mais pour identifier une bonne pratique il faut déjà repérer les mauvaises pratiques, spécialement autour d’une discipline nouvelle, peu observée, peu mal analysée. Dans la discipline que nous explorons, se confondent les genres et les prismes et c’est à partir de ces observations que nous avons identifié une série de CATEGORIES dès 2012 qui sont vérifiées au fur et à mesure des avancées.

Grâce à notre confrère STEPHEN DINEHART nous avons pu obtenir cette référence afin d’éviter qu’une seule définition, un seul nom, voire une date, ne soit utilisée dans les blogs francophones. Il s’agit du livre de MARSHA KINDER –  Playing with Power in Movies, Television, and Video Games, 1991 University of California Press. Cette communication a été partagée sur les réseaux et reprises par certaines agences et blogueurs sans mention. Petit à petit la définition qui se propage en français, faiblement lue en réalité, se base sur peu de chose et invite les internautes francophones à une vision réduite du concept, ce pourquoi nous agissons en élargissant notre réflexion et en mettant à profit nos années d’expérience.

ABORDER LE CONCEPT

Un univers narratif, donc un récit multidimensionnel, est suffisamment large pour être relié avec d’autres récits complémentaires (« side-stories »). Cet univers narratif transmédia peut être abordé par plusieurs points d’entrée distincts et indépendants les uns des autres, donc les éléments narratifs qui constituent une œuvre ou une campagne de communication transmédia peuvent être explorés indépendamment les uns des autres par le public.

L’interaction, le partage avec le public est une condition du concept transmédia, peu importe le niveau de cette interaction : non-actif, actif, ré-actif, pro-actif.

Une plateforme, fait référence à un site Internet de diffusion de contenu(s), cela ne donne pas le degré d’interaction possible pour le public. Notre confrère ULRICH FISCHER parle justement de « récit combinatoire ».

Un MEDIUM est un canal de communication qui arrive vers un récepteur depuis son émetteur, donc aussi un support de diffusion. Il n’y a pas d’obligation que ce canal, support ou mode de transport du message soit connecté à l’Internet, le médium existe de façon analogique. Le travail de MARSHALL McLUHAN n’est pas du tout obsolète, au contraire ! Quand il invite à penser au médium en tant que message, c’est toute une leçon de bonne pratique qui reste encore à explorée.

Cette redéfinition est rendue complexe du fait de la nécessité de synergie, voire de symbiose, entre des disciplines artistiques et professionnelles qui se coordonnent dans une pratique transmédia. Il convient de non seulement re-contextualiser, mais de prévoir des ponts entre les spécialités de chacun des praticiens, compétences qui tiennent compte du vocabulaire, des usages et des outils tout en identifiant les bonnes pratiques dans un contexte complexe et trans-culturel.

Il n’y a pas de règles pour la création transmédia, chacun est libre de créer et coopérer, car il s’agit avant tout d’une discipline.

Ici un travail effectué en cours du “Master Transmédia” de Sciences Po, IEP de Grenoble, France, sur la problématique de la définition en 2012. Vous pouvez observer comment chacun définit et orthographie le terme, ce qui donne une indication concernant l’appropriation du concept. Dans le cadre de nos formations chacun est invité à réfléchir par lui-même à la définition en laissant une possibilité intellectuelle envahir l’univers créatif.

Henry Jenkins’s 2006 in “Convergence Culture” :

Transmedia storytelling represents a process where integral elements of a fiction get dispersed systematically across multiple delivery channels for the purpose of creating a unified and coordinated entertainment experience. Ideally, each medium makes its own unique contribution to the unfolding of the story.”

“… transmedia storytelling as storytelling across multiple forms of media with each element making distinctive contributions to a fan’s understanding of the story world.”

This has been revised to :

« A transmedia story unfolds across multiple media platforms with each new text making a distinctive and valuable contribution to the whole. In the ideal form of transmedia storytelling, each medium does what it does best »

Traduction Karine Halpern. Origine : blog Transmedia Ready, Owni 2010 : Un récit transmédia se déploie avec chaque élément narratif contribuant distinctement à l’ensemble du récit à travers de multiples supports médiatiques. Dans sa forme idéale, la narration transmédia permet à chaque support de faire ce qu’il sait faire de mieux.

Jeff Gomez, Starlight Runner Entertainment, USA

“The art of conveying messages, themes or storylines to mass audiences through the artful and well planned use of multiple media-platforms.”

Traduction et note Karine Halpern :

“L’art de communiquer des messages, thèmes et récits narratifs à un public de masse, grâce à une stratégie artistique qui utilise la multiplicité des supports de diffusion.”

Jeff nous invite à la notion de récit narratif multidimensionnel – “Multi-Dimensional Storytelling” – et de changement de Paradigme. En 2010 l’agence J. Walter Thompson publia une définition sans mentionner sa source dans “100 Things to Watch in 2011″, voyez par vous-mêmes : “The art of communicating messages, themes and story lines to mass audiences through strategically planned use of multiple Transmedia platforms”.

Avec Jeff  nous sommes dans la catégorie “franchise”, ce qu’il a utilisé comme concept pour influer sur la Producers Guild of America pour faire admettre le terme « transmedia » avec le métier de “Transmedia Producer”. Cette action déclenché une polémique sur la définition (réf. 2010 Filmmaker Magazine)

Alison Norrington, storycentral DIGITAL , UK :

“Transmedia storytelling is the successful organic flow of narrative over a host of platforms, each one excelling at what it does best… the complex approach to telling a story over multiple platforms (both on and offline)… There are a host of elements to consider that reach far beyond traditional, linear storytelling.”

Tweet de @SimonPulman, USA :

“It is a generally accepted principle that collaboration and cooperation are critical elements when taking a transmedia approach to content creation and IP development.”

Morgan Bouchet, Orange, France :

“A la différence du Cross-media qui décline un contenu principal sur des médias complémentaires, le transmedia articule un univers narratif original sur différents médias. Cet univers est porté par différents supports qui apportent, grâce à leur spécificité d’usage et leur capacité technologique, un regard nouveau et complémentaire sur l’univers et l’histoire.”

Claire et Manon, étudiantes, France :

“Le Transmédia est une forme de narration qui inclut l’utilisation de plusieurs supports médiatiques de manière complémentaire, afin de développer un univers narratif. Il est basé sur la participation de l’utilisateur, et la naissance d’une communauté autour de l’univers. Qu’en pensez vous ?”

Scott Walker, USA :

“In general, I view transmedia as the telling of a story (or a set of stories in a shared world) across multiple platforms and mediums. However, we are still far from agreement over both the term and its definition.”

“The practice of transmedia predates the term by decades or even centuries. In many ways, we’re still experimenting with it, working our way towards both a vocabulary and a refined set of practices. And it’s important to understand that transmedia isn’t limited to science fiction/fantasy or even entertainment. Transmedia can be applied to documentary filmmaking, education, politics, non-profit, etc. We truly are just beginning to understand its full possibilities and promises.”

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