2011-2020, Field Notes A Posteriori

Nous sommes en 2011. Henry Jenkins nous recadre avec son approche qu’il a développée depuis le  MIT jusqu’à Hollywood en rejoignant l’Université of Southern California. Il est a l’origine du mouvement appelé Transmedia Hollywood qui réunit des théoriciens et des praticiens de tous bords et pas seulement américains bien que uniquement anglophones (toutefois en 2022 j’y ai retrouvée une chercheuse que j’avais croisée en séminaire pendant le confinement). De plus en plus de professionnels, tant des créatifs indépendants que des entreprises de production et distribution de produits culturels, ou encore des fabricant de services technologiques et des journalistes, sont à l’écoute d’une passionnante discussion en ligne sur des réseaux sociaux, blogs, supports de presse, puis très vite lors d’évènements dédiés (séminaires, congrès, conférences, ateliers, festivals).

NB : Un corpus de ma recherche est composé des archives que j’ai rassemblées pendant ces longues et globales conversations en ligne et lors des évènements entre 2010 et 2015. 

Jenkins rappelle que la Producer’s Guild of America annonçait en 2011 le titre professionnel de « Producteur transmédia » ce qui établierait ce rôle comme métier à part entière. En effet, d’autres pays s’inspirent des déclarations de syndicats professionnels américains particulièrement dans les industries du divertissements 

Jenkins poursuit frontalement avec « la plupart ne savent pas de quoi ils parlent… » (But many using the term don’t really understand what they are saying » ). Grâce à une liste de 7 mythes au sujet du terme transmédia, il nous rappelle que le « transmedia storytelling » est une stratégie puisqu’il utilise ce terme dans son mythe n°1 et n°2 aussi, en précisant que cette stratégie est « promotionnelle » (mythe n°2) et qu’elle rassemble plus qu’une seule plateforme médiatique (« media platform »). 

Pour lui, dans une stratégie transmédia les éléments d’un récit sont dispersés sur un ensemble de plateformes qui chacune contribuent à un « tout ». On pourra se questionner de savoir si ces plateformes sont numériques. C’est ce que les praticiens vont appelé, dès 2009, une « expérience transmédia ». Jenkins s’explique en précisant que les premières expériences transmédia (on devrait d’ailleurs choisir le terme « expérimentations » pour la traduction exacte de « experiment » qu’il utilise) ont été financées par des campagnes marketing. 

On pourra affiner dans les détails les termes et les différences de compréhension en fonction des métiers exercés dans la production de telles expériences et dans l’élaboration de telles stratégies. Ce qui m’intéresse ici est exactement le choix de la stratégie même si Jenkins insiste sur le fait qu’elle est possible par une impulsion créative nécessaire. Est-ce que pour lui l’expérience transmédia n’existe qu’avec des conditions ? C’est une piste importante à explorer en comparant des études de cas par différents prismes et en expérimentant dans des conditions où l’inspiration créative n’est pas le socle de la production transmédia (comme par exemple avec les cas dit non natifs).

Avec l’arrivée de l’expression « transmedia activism » dans la conversation internationale, nous arrivons vite à un débat grandiose avec une série de monologues, dialogues et conversations au sujet de terme transmédia en tant que projet culturel, oeuvre, campagne, technique de production et distribution, bref, le terme est valorisé, puis dévalorisé, adoré et rejeté, pour finalement être repris par des chercheurs en Europe et en Amérique du Sud pour prendre ses marques dans le monde académique. 

Dans la période 2010 à 2015, plusieurs anecdotes font le tour du monde (mais aussi des ouvrages et des études de cas) et, au fur à mesure des travaux des praticiens, des enseignants, étudiants et chercheurs, le terme transmédia perd ses auxiliaires « storytelling » et « expérience ». Il perd aussi de son panache et l’intérêt des mêmes professionnels se reporte sur des sujets plus technologiques qui font surface : réalité virtuelle, réalité augmentée. Les festivals et les métiers de la culture choississent le terme « immersion ». 

C’est le livre de Frank Rose, en 2011, qui tranche avec son titre explicite, The Art of Immersion, qui sera repris par les enseignants et les praticiens (sans grâce à mon intervention pour en faire la promotion particulière en France). Mais c’est Nuno Bernardo  et Andréa Philipps qui sont les premiers à publiés des ouvrages proposant des méthodes de travail et des conseils pour la création transmédia (comme pour Robert Pratten et Gary Hayes, et la thèse de Chrity Dena en 2009). Brian CLARK, journaliste et activiste spécialisé en théorie des média,  leader dans cette conversation et aujourd’hui décédé, viendra s’amuser autour du terme transmédia en tant que débat et repère d’activistes des « média studies », pour le mettre à l’honneur avec un article sur Facebook qui sera commenté par plusieurs centaines de spécialistes. Des influenceurs (dont je suis) des industries du divertissement sont parties prenantes de cette conversation, ou du moins l’observent et la commentent, y compris Henry Jenkins. Très peu de chercheurs en font partie. 

Un corpus de mon projet de thèse est dédié à cette conversation, aux archives que j’ai accumulées pendant cette période et à mes expérimentations sur ce sujet. Citons-en une. Fin 2010 je conduis une conférence en ligne avec un activiste créatif canadien, réalisateur de télévision et concepteur transmédia, Pierre Côté, ce sur plusieurs fuseaux horaires pendant une résidence d’artiste de la ville de Paris (La Générale). C’est mon  évènement artistique sur l’obsolescence technologique que je transforme en futurologie. J’y invite un ensemble des contributeurs afin de déclencher une conversation en ligne sur le terme « transmédia » et je demande à des professionnels de métiers différents et complémentaires d’y participer. Donc une préparation ad-hoc, des invités préparés et des des inconnus en mode ouvert. Typique de l’innovation ouverte. Mais sans budget. Tout le monde répond favorablement, tout le monde se sent concerné et en 2010 il y a de très rares outils pour converser en ligne en mode « live » avec un fil Twitter associé. Je leur pose la question suivante :

Transmedia : Storytelling or Experience?

Le sous-entendu est presque évident : le deux ! Narration et expérience sont des conditions pour une création transmédia. 

Forte de cette expérience internationale, je créé le jeu des 7 familles transmédia (sous licence Creative Commons) qui se veut un outil pédagogique et de design thinking. Il est envoyé à 100 praticiens et chercheurs du monde entier avec un questionnaire en ligne et une simple description en anglais sur un document partagé en format Google.

Après le lancement du jeu des 7 familles transmédia à Madrid en 2011, où le terme de transmédiateur est choisi d’un commun accord avec les co-organisateurs des ateliers, nous sommes au début d’une série d’ateliers, de conférences et de masterclasses, qui vont contribuer à attiser le débat et ramener le sujet dans un champ plus culturel, voire socio-cultuel. C’est en 2014 que je donne le coup d’envoi du Transmedia MIX avec l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou, pour tenter une ultime expérience… 

Ce travail de praticienne indépendante étant documenté en grande partie, fait l’objet d’un corpus, d’un corpora, dans ma recherche commencée en 2020 (et préparée en 2019). Ce corpus sera comparé aux théories de la communication, confrontés aux idées des humanités numériques, et il sera traité de façon à en ressortir des données utilisables dans l’analyse du discours de la communauté « partie prenante », dans l’organisation de l’analyse des études de cas, et exploité sur un nouveau terrain à titre de comparaison.

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