Créativité – Numérique – Progrès

GIF TRANSMEDIA FAMILIES 02
Ce qui est le plus important pour moi ce sont mes données. Certains diront “data”. certains mettront même un D majuscule : Data. Le matériel disparaît, l’immatériel prend le dessus. Je pensais que le plus important était mon ordinateur, la machine, “mais comment vivre sans mon ordi ?”, et non; après en avoir perdu quelques uns, et oui, dont 2 Macbook Pro !, j’ai trouvé moyen de tout organiser dans le “cloud” et sur des disques externes.
J’ai organisé mon organisation.
Par exemple, la gestion de mes comptes et de leurs “log-in”, ils sont si nombreux, et bien c’est organisé et accessible depuis n’importe quelle machine en cas de problème technique ! J’ai aussi accès à toutes mes idées stockées via l’application Evernote avec un éco-système de gestion des données propre à moi-même mais qui pourrait être utilisé par une autre personne si je ne pouvais plus le faire moi-même de façon à ne pas perdre des archives utiles pour les travaux de R&D ou pour des créations plus personnelles.
De plus, mes écris sont archivés et bénéficient de la créativité générée par les outils web.
De plus ma propre créativité est exacerbée par le web et par les applications que j’utilise quotidiennement. Par exemple avec Evernote (gestion de mes notes et carnets), Google Drive (archivages, commentaires, téléchargements) ou même You Tube (playlistes privées).
Scanner tous mes documents a été une nécessité car je devais pouvoir voyager légère, partout et à n’importe quel moment. Ces données doivent être accessibles, protégées, et doublement sauvegardées, si pas triplement sauvegardées en cas d’incident technique ou autre.
C’est la vie de nomade numérique ( communément : “digital nomad”) qui m’a amenée à mettre en application des idées philosophiques et vivre mes valeurs, comme
  • vouloir moins
  • rester léger en toute circonstance
  • savoir voir le savoir
  • compter sur les valeurs humaines, que je différencie de l’humanisme, devenu cliché pour moi
  • le progrès
  • le self-coaching
  • le bien commun et les “creative commons”
  • la qualité (par exemple la qualité de l’UX, des relations en ligne, du design, …)
  • etc.
Remarquez comme je suis à cheval sur l’usage des mots, de la syntaxe, de la ponctuation, c’est important pour se faire bien comprendre et pour se différencier de la norme, des contenus, de la masse de données en ligne (cf. la “longue traine” de Chris Anderson). Cette technique est un respect pout l’humain par rapport à la machine, aussi, dans le sens où le cerveau et notre comportement cognitif prend, dans tous les cas, le dessus sur les algorithmes.
C’est exactement là que la créativité du présent et du futur se place.
La créativité est présente dans les espaces libres entre les algorithmes, comme le “white space” de l’art, mais aussi de la pensée, là où l’électricité connecte les neurones, un infiniment petit et grand espace de création qui révèlent le soi, la vie et l’action sous l’emprise des émotions. Comme le disait Krishnamurti, toute vie est relation. C’est de cette relation, entre ces espaces créatifs que la forme prend. C’est aussi valable pour les relations dans la matière que dans les relations humaines, que dans les relations des neurones qui vont créer. Cette créativité que la norme pense liée aux loisirs créatifs, à l’art, mais qui oublie que c’est aussi la créativité dans tout, dans absolument tout.
Ajouter de la créativité dans tout est une expression créative et possible pour tous, il suffit d’appuyer sur le bouton “ouverture d’esprit” et de s’entraîner dans n’importe quelle discipline. La plasticité du cerveau s’occupe du reste. Dans la cuisine, le sport, le travail aussi. Tenir une boutique, une caisse, un rayon, et j’en connais un rayon. Gérer des data, mener une campagne marketing, gérer un portefeuille clients, manager un bureau, une assemblée générale, un dossier aux prud’homme…
La créativité est partout. PAR, TOUT.

2010 – 2017 : Pourquoi ma stratégie des 7 familles transmédia à marché.

7 années, “cette année”, de recul : 2017, l’avenir en perspectives, au pluriel. 
Lors du lancement du jeu des 7 familles transmédia en décembre 2010, ce fut le chaos de la créativité pro-active et le début d’une communauté de chercheurs et praticiens en design transmédia à travers le monde.
En effet, plusieurs zones géographiques ont été couvertes volontairement, et, grâce à l’aide du réalisateur transmédia canadien, pionnier, Pierre Côté, j’ai pu réaliser une expérimentation originale, amusante, utile, collaborative et généreuse. Merci à tous ceux qui ont bénévolement contribué, donné de leur temps et de leur savoir.
Quand on commence à surfer sur la vague de la co-création, sans cadre et de façon très ouverte, à la mode “Open Source” et dans un but d’innovation, soyons clairs : on en prend plein la gueule. Pourtant, les affres de l’expérimentation et de la création sont compensés par les bonheurs des relations fructueuses et des résultats intellectuels mis en valeur par les communautés qui communiquent entre elles.
Ce type de communication entre communautés durables ou éphémères, dispersées sur la toile, trans-culturelles, je les appelle les “Groupes Transients”. Ils sont la famille “Communautés” du jeu des 7 familles transmédia. Ce thème fera l’objet d’un article à part entière. Je souhaite faire référence au concept de “Return on Relationships” – @R_onR , qui, petit à petit, fait son chemin vers le ROI – Return On Investment.
Tous les concepts que j’ai appris à observer depuis la crise mondiale de 2008, dans la trans-disciplinarité, se conjuguent, pour atteindre un objectif commun sans le savoir au départ. Cet objectif, c’est ce que j’appelle la “Slow Revolution”.
Aujourd’hui, en 2017, on parle de transition numérique, de conduite du changement, de l’innovation ouverte, … C’est un tout, un éco-système, transient aussi, volubile, qui s’adapte à l’actualité, mais qui ne cesse de progresser vers cette nouvelle civilisation dont parlait Edgar Morin, servie par l’intelligence collective, dont parlait Pierre Levy, qui elle est disparate en fonction des rôles professionnels que chacun prend et va prendre :
  • industries et secteurs professionnels,
  • cultures et géolocalisation,
  • rôles socio-culturels et leur communication interpersonnelle.
Gif by Isabel Chiara for #NextLeap 2017
Gif by Isabel Chiara for NextLeap 2017
En 2010, en résidence d’artiste, je savais pertinemment ce que je faisais, et donc je savais que je ne connaitrais jamais tous les résultats, que je lançais un caillou dans l’eau en espérant me nourrir des ondes. Je faisais don au bien commun (les Commons) d’une partie de mes travaux pour contribuer à la révolution lente qui avait déjà commencée. Pour moi le peak était le rapport Stiglitz – @JosephEStiglitz, prix Nobel d’économie, rapport remis à Sarkozy, en 2009 présentant notamment les travaux sur l’indice de bonheur, donc la prise en compte de paramètres originaux et humanistes, en phase avec les pratiques qui allaient venir dans les organisations et chez chacun des humains cultivés et en recherche.
Sachant qu’Edgar Morin, inventeur de la pensée complexe et maître de la trans-disciplinarité, que j’ai eu le plaisir de rencontré, avait été convié à donné son avis au gouvernement, je me sentais à l’aise avec l’idée de ne plus être dans un positionnement politique typiquement français, droite ou gauche, mais de rester non seulement au centre, mais sans ou ne plus appartenir à un parti, tant que la conscience collective n’avait pas progressé sur le changement de civilisation (idée de Morin, reprise par Sarkozy).
L’heure est venue. N’est ce pas ?
De dizaines d’années en dizaines d’années, on finit quand même par se rendre compte des choses. Pendant ce temps là, on a mal éduqué les générations présentes et à venir. Alors le paquet doit être mis sur l’éducation et tous les apprentissages. On le sait depuis l’antiquité. Je suis heureuse, chaque semaine, de voir que des indépendants, des créatifs, des experts, changent le monde de l’éducation, y compris en France. De même, je suis heureuse de voir que les idées et pratiques innovantes sont maintenant dans les entreprises et les organisations (cf. l’entreprise dite libérée). Le changement s’est immiscé partout de façon subtile, grâce à l’acharnement de certains d’entre nous. Ne lâchons pas. Le temps arrive. Bien sûr, je le subis aussi chaque semaine, il manque le Savoir et la mise en pratique dans 80% des cas, mais les petits 20% dont nous faisons partie suffisent à nous recadrer quand on doit se remettre au travail. Ne lâchons rien.
Dans une pratique indépendante de recherche et de développement, on subit les trahisons et le manque de loyauté en tout genre, c’est un classique dans le monde des affaires, mais aussi dans les industries créatives. Encore plus en France qui est la nation de la protection du droit d’auteur ! Alors, quand on jongle avec des licences appelées Creative Commons ou même Copyleft, on devient à la fois une pionnière et un mouton à 5 pattes, donc l’artiste qu’il faut abattre pour les industriels. Je me suis battue contre des mastodontes, pas des moindres puisque Orange avait déposé le mot transmédia à l’INPI, entre autres termes usuels du vocabulaire français. Battue aussi pour maintenir le niveau intellectuel pour faire face à des mauvaises pratiques professionnelles, voire douteuses, tant par les privés (petites agences, freelances), que dans le secteur public (agences de l’état, organisations subventionnées). Je vois d’ailleurs l’argent des contribuables toujours aussi mal réinvesti, surtout dans le domaine des média et de l’innovation numérique. Ah, tiens, pendant que j’y suis, ayant fait partie des startups de la fameuse French Tech, je peux témoigner que c’est beaucoup de paroles et peu de concret, que ce sont les créatifs indépendants, autonomes et non subventionnés,qui servent bien les intérêts des politiques et pas l’inverse.
A quoi me sert la “French Tech” dont je fais partie
pour l’art du message, du récit, de la création ?
Aujourd’hui, l’aspect socio-culturel que j’ai toujours prôné est repris dans les industries créatives. Les industriels et marketers eux se rabattent, comme prévu, sur la réalité virtuelle : VR, nouvel eldorado. Tant mieux. D’une part les vrais transmédiateurs vont pouvoir exercer, et on a commencé, d’autre part, il faut bien se coller au nouveau paradigme de la réalité virtuelle.
Tout un nouveau pan de l’art du message, du récit, de la création, doit être revu pour tous les métiers de la communication, au sens large. Encore plus pour les outils et dispositifs qui émergents. On va pouvoir enfin bénéficier de notre lente révolution pour travailler avec les “groupes transients“, en “open source” (et donc avec une certaine mise en application de notre philosophie et de la “culture ouverte“), dans un univers narratif étendu, où les “contenus générés par utilisateurs” ne sont pas que l’apanage des agences de publicités, qui de toute façon vont finir par disparaître… Dans 10 ans, les créatifs seront à l’intérieur des entreprises et organisations, les designers transmédia seront des transmédiateurs au bénéfice des équipes agiles, ce qui sera moins couteux et plus efficace. Y compris pour tout ce qui sera le “brand content”, la culture de marque, la communication interne et externe, en BtoB et en BtoC. On a déjà commencé… L’intelligence collective prend le dessus. Le manque de savoir faire en bonnes et meilleures pratiques va se ressentir encore plus. Vient le temps des consultants experts, qui ont vraiment une expertise et pas seulement de l’audace et des doigts pour les claviers.
Qualité, polyvalence, éthique.
Grâce à la pertinence de certains de mes choix éthiques, les parasites sont partis d’eux mêmes, comme à chaque fois. Mais ce n’est pas sans douleur. J’ai constaté aussi que mes idées sur le concept transmédia avaient délibérément influencé des praticiens et chercheurs, en France et à l’étranger, jusqu’à Hollywood et Bolywood, auprès des doctorants, et que certaines idées avaient été appliquées. Bien sur il manque les mentions, références et citations pour la plupart du temps. Parfois même, le regard de ceux qui m’ont abusée tombe devant moi quand je les regarde en face. Mais j’ai gardé le bon relationnel avec les alter égo, ceux qui sont dans la même mouvance, transparence et loyauté. Comme par hasard, je constate que ceux-ci sont les plus doués aussi. Je retrouve ainsi toute la pertinence des choix et des crédo de 2011 quand je proposais des concepts bien au delà de la production de contenus ou des plateformes interactives pour ces contenus. Quand j’annonçais le retour de la “qualité”, je parlais d’un label de qualité, qui reste à créer, et non des valeurs, qui sont deux choses différentes. L’avenir ira dans le sens du besoin de qualité. Quand je parlais du retour de la polyvalence, je parlais des talents dans le sens des ressources humaines, ce qui n’exclut en rien le besoin d’expertise, mais je mets ainsi en valeur les atouts des personnes d’expérience, douées, qui travaillent à se former. La polyvalence est d’ailleurs devenu un pré-requis, surtout quand vous lisez les profils de postes sur les sites de recherches d’emploi !
Qualité, polyvalence, éthique, seront les piliers qui vont permettre de codifier des pratiques professionnelles créatives du monde qui vient déjà, où l’on va différencier la collaboration de la coopération, de la co-création, tâche difficile que les 7 familles transmédia ont commencée en 2010.

Transmédia : Concept indéfinissable ?

Contexte de la définition, article commencé en 2011 et modifié (*)

(*) Article de 2011 : web.archive.org

Le concept transmédia tend à être une discipline communicationnelle et socio-culturelle, une pratique narrative créative, prenant en compte l’interaction et la participation du public par lesquelles le récit multidimensionnel se propage, se transforme et se transpose sur tous supports médiatiques complémentaires (numériques ou non).

A cette pratique innovante et collaborative, peuvent s’ajouter toutes pratiques artistiques, des mécaniques de jeu, du web social et des évènements en temps réel.

Une création transmédia  – ou une campagne de communication transmédia – compose un univers narratif : le « Storyworld » de notre jeu des 7 familles transmédia.  Le Storyworld tire le meilleur de chaque médium utilisé, donc de tous les média, y compris analogiques.

Les “Mediaforms“, formes médiatiques, demeurent des supports de diffusion et propagation. Le récit est trans-porté et trans-formé par son audience qui peut devenir pro-active. Le concept transmédia se base sur la combinaison de liens tissés dans le récit associé à une communauté. La culture participative prend possession de l’histoire, du récit, de l’œuvre.

La narration transmédia existe lorsque certaines conditions sont remplies et ce puis l’antiquité. Ce qui rend le concept nouveau à nos yeux du 21ème siècle ce sont les outils numériques, les vitesses de dissémination et les modes communicationnels émergents.

En 2010 j’ai créé la page Wikipédia du terme transmédia en français à l’occasion d’une expérimentation transmédiatique en résidence d’artiste. J’ai alors proposé plusieurs définitions en anglais dans le but d’amorcer une discussion globale et ouverte :

  • Transmedia involves a creative community and happens when STORYTELLING and EXPERIENCE come together in a creation designed for multiple devices, formats and platforms.
  • It is a concept, an adjective, a complex notion that is understood viscerally by each individual within a community of associated professionals and practitioners.
  • A project can be defined as taking a transmedia approach when both STORYTELLING and  EXPERIENCE are interwoven. Transmedia properties are those which tell different parts of the story across multiple devices on multiple “mediaforms”. A true transmedia experience would enlist the participation of a community.

Au fur et à mesure de ma recherche pratique et indépendante, avec beaucoup de rencontres professionnelles dans plusieurs pays, et notamment nos Meetup ouverts à tous, 2010 – 2015, je proposais le sens du concept à partir de 3 notions principales qui s’entremêlent pour réaliser une expérience transmédia :

  1. les campagnes en réseaux sociaux (le fameux “social media marketing”)
  2. le récit transmédiatique (le fameux “transmedia storytelling”)
  3. la production et création multi-formats (ce que j’appelle aujourd’hui les “Mediaforms“).

Notre postulat : transformer, transcender, hacker

Malgré mon postulat et les efforts soutenus dans la culture et l’innovation numérique pendant plus de 5 ans, et ce sur le plan international, les internautes, et les francophones en particulier, confondent le sujet de la création et communication transmédia avec d’autres sujets connexes tels que :

  • la production multiplateforme,
  • le contenu augmenté (et donc aussi la réalité virtuelle),
  • la franchise dans le secteur du divertissement,
  • le jeu (notamment les jeux vidéo),
  • les parcours animés,
  • l’expérience utilisateur,
  • le web social et les communautés (notamment la curation, le management de communautés),
  • le marketing et le « branded content »,
  • le web-documentaire, le documentaire interactif.

Une hésitation se fait toujours sentir à propos de l’usage du terme. Notamment en ce qui concerne la façon dont l’utilisateur passe de contenu en contenu (de données en données) sans faire attention au fond du message qui influe son action, ni à ses gestes avec un outil numérique ou non. Et c’est sans compter le flou engendré par la partie historique et drôle qui met en scène les acteurs de l’innovation industrielle, la recherche et les opportunistes, mais çà c’est une autre histoire qui sera traduite dans ce blog.

Il est encore possible d’entendre et lire des blogueurs, des prestataires de service en herbe ou expérimentés, séparer avec assurance l’idée de crossmédia du terme transmédia, et de se positionner très fort sur un axe commercial autour du concept flou dont personne ne détient les réelles valeurs académiques, historiques ou professionnelles. Alors, comme habitude et mimétisme, ils citent HENRY JENKINS, comme si ce sujet ne repose que sur une personne, un seul chemin de travail.

S’il vous est important de vérifier les travaux sur le concept transmédia, référez-vous à la thèse de CHRISTY DENA et reportez-vous à TRANSMEDIA RESOURCE KIT, du Canada, en plus des évidentes pages WIKIPEDIA dont nous avons pu garder vivante la version française grâce à nos actions en 2011. JULIE STRATTON est une des toutes premières à avoir travaillé sur ce sujet en créant Transmediaresources.com, et SCOTT WALKER le premier à recenser les évènements sur le sujet, la formation de groupes de réflexion, et avoir proposé un fil de ressources documentaires. Il est également un des pionniers sur le thème de la narration, qui donc définit le concept transmédia avec la notion de SHARED STORYWORLD.

Grâce à notre confrère STEPHEN DINEHART nous avons pu obtenir une référence afin d’éviter qu’une seule définition, un seul nom, voire une date, ne soit utilisée dans les blogs francophones. Il s’agit du livre de MARSHA KINDER –  Playing with Power in Movies, Television, and Video Games, 1991 University of California Press. Cette communication a été partagée sur les réseaux et reprises par des agences et blogueurs sans mention. Petit à petit la définition qui s’est propagée en français est restée basée sur peu de chose et invite les internautes francophones à une vision réduite du concept. Ce pourquoi nous agissons en élargissant notre réflexion et en mettant à profit nos années d’expérience et notre réseau de praticiens.

Un nombre, qui allait en grandissant, d’entreprises a tenté l’aventure du concept transmédia en le positionnant en tant que genre ou action de marketing, ce qu’il n’est pas seulement. Je le positionne en tant que discipline en faisant référence à la TRANSDISCIPLINARITE, qui, comme son nom l’indique, à un besoin de compétences multiples associées et combinées, pour la création ou communication transmédia.

Ce concept demande une telle ouverture d’esprit, qu’il faut y aller avec ses tripes.

Le jeu des 7 familles transmédia, 2010 créé par Karine Halpern

Nos archives nourrissent nos réflexions que nous partageons via des réseaux sociaux depuis 2010. Beaucoup ont été reprises, souvent sans mention ou citation des sources. Il m’a été donné de surveiller comment les praticiens et les entrepreneurs allaient prendre possession puis lâcher ce concept. J’ai donc créé ma méthode d’accompagnement au projet transmédia qui se fonde sur la maïeutique et introduit la notion de groupes  « transients ».

Nous, au sein de l’association Transmedia Ready, restons fidèles aux pionniers loyaux et faisons le plaidoyer pour le concept transmédia en tant que discipline socio-culturelle et artistique, en tant que pratique communicationnelle, avec un point de vue anthropologique, voire philosophique, dans le respect des travaux de qualité. Nous avons une vision post révolution numérique et prônons une éthique des pratiques numériques.

Pour valider nos idées, j’ai rencontré personnellement les praticiens, experts et chercheurs, pour les interroger et vérifier nos réflexions. Mon travail se base aussi sur une carrière de plus de 25 ans ans dans la culture et la communication, la coopération internationale et la production de contenu artistique ou de commande.

Du point de vue de la terminologie, la langue choisie pour exprimer le concept étant très importante dans le résultat de sens, je mets parfois deux versions en parallèle quand c’est à propos (français et anglais).

En français, nous ne pouvons PAS dire « LE transmédia », encore moins l’écrire avec un T majuscule : il ne s’agit pas d’un nom propre mais d’un adjectif.

Merci à EMMANUEL BETHOUX, (@EmmanuelBethoux), professeur documentaliste, pour sa recherche et son intégrité. Le terme s’accorde donc avec un nom et si vous appliquez cette règle linguistique, vous aurez alors plus de facilité à comprendre et vous approprier le concept. Le terme ne peut donc pas prétendre à une discipline qui serait  ”Le Transmédia”, restant un adjectif nous dirions donc : la narration transmédia, la communication transmédia, la production, la pratique, l’œuvre, un dispositif ou une expérience transmédia, ou encore transmédiatique.

Un concept peut donné lieu à une discipline, qui elle donne lieu à des pratiques, puis des méthodologies.

Pour identifier une bonne pratique il faut déjà repérer les mauvaises pratiques, spécialement autour d’une discipline nouvelle, souvent mal analysée. Dans la discipline que nous revendiquons, se confondent les genres et les prismes et c’est à partir de ces observations que nous avons identifié une série de CATEGORIES listées dès 2012 qui se vérifient au fur et à mesure des avancées technologiques et des usages du numérique.

Un univers narratif, donc un récit multidimensionnel, est suffisamment large pour être relié avec d’autres récits complémentaires (« side-stories »). Notre confrère ULRICH FISCHER parle justement de « récit combinatoire ». Cet univers narratif transmédia peut être abordé par plusieurs points d’entrée distincts et indépendants les uns des autres, donc les éléments narratifs qui constituent une œuvre ou une campagne de communication transmédia peuvent être explorés indépendamment les uns des autres par le public. L’interaction, le partage, est une condition du concept transmédia, peu importe le niveau de cette interaction : non-actif, actif, ré-actif, pro-actif, rétro-actif.

Une plateforme fait référence à un site Internet de diffusion de contenu(s), cela ne donne pas le degré d’interaction possible pour le public. Un MEDIUM est un canal de communication dirigé vers un récepteur depuis son émetteur, donc aussi un support de diffusion. Il n’y a pas d’obligation pour ce canal d’être connecté à l’Internet. Le médium existe de façon analogique. Le travail de MARSHALL McLUHAN n’est pas du tout obsolète, au contraire ! Quand il invite à penser au médium en tant que message, c’est toute une leçon de bonne pratique qui reste encore à explorée.

Cette redéfinition est rendue complexe du fait de la nécessité de symbiose entre des disciplines artistiques et professionnelles qui se coordonnent dans une pratique transmédia.

Il convient de non seulement re-contextualiser, mais de prévoir des ponts entre les spécialités de chacun des praticiens, des co-créateurs, avec leurs compétences qui tiennent compte du vocabulaire, des usages et des outils, tout en identifiant les bonnes pratiques dans un contexte trans-culturel. Il n’y a pas de règles dans la création transmédia, chacun est libre de créer, coopérer, ou non.

Dans le cadre de notre pratique et démarche, chacun est invité à réfléchir par lui-même à la définition en favorisant les possibilités intellectuelles et créatives.

Ci-dessous, un travail sur la problématique de la définition en 2012, effectué pendant mon cours pour le “Master Transmédia” de Sciences Po, IEP de Grenoble. Vous pouvez observer comment chacun définit et orthographie le terme, ce qui donne une indication concernant l’appropriation du concept.

Henry Jenkins, 2006, in “Convergence Culture” :

“Transmedia storytelling represents a process where integral elements of a fiction get dispersed systematically across multiple delivery channels for the purpose of creating a unified and coordinated entertainment experience. Ideally, each medium makes its own unique contribution to the unfolding of the story.

“… transmedia storytelling as storytelling across multiple forms of media with each element making distinctive contributions to a fan’s understanding of the story world.”

Révisé :

« A transmedia story unfolds across multiple media platforms with each new text making a distinctive and valuable contribution to the whole. In the ideal form of transmedia storytelling, each medium does what it does best »

Traduction de Karine Halpern, origine : blog Transmedia Ready, Owni 2010 :

Un récit transmédia se déploie avec chaque élément narratif contribuant distinctement à l’ensemble du récit à travers de multiples supports médiatiques. Dans sa forme idéale, la narration transmédia permet à chaque support de faire ce qu’il sait faire de mieux.

Jeff Gomez, Starlight Runner Entertainment, USA :

“The art of conveying messages, themes or storylines to mass audiences through the artful and well planned use of multiple media-platforms.”

Traduction et note Karine Halpern :

L’art de communiquer des messages, thèmes et récits narratifs à un public de masse, grâce à une stratégie artistique qui utilise la multiplicité des supports de diffusion.

Jeff Gomez nous invite à la notion de récit narratif multidimensionnel – “Multi-Dimensional Storytelling” – et de changement de Paradigme. En 2010 l’agence J. Walter Thompson publia une définition sans mentionner sa source dans “100 Things to Watch in 2011″,  Voyez par vous-mêmes :

“The art of communicating messages, themes and story lines to mass audiences through strategically planned use of multiple Transmedia platforms”.

Avec Gomez nous sommes dans la catégorie “franchise”, ce qu’il a utilisé comme concept pour influer sur la Producers Guild of America pour faire admettre le terme « transmedia » avec le métier de “Transmedia Producer”. Cette action déclenché une polémique sur la définition (Filmmaker Magazine, USA, 2010). Depuis, les choses ont changé, cela peut faire l’objet d’un article dédié.

Alison Norrington, auteure et consultante, Storycentral, UK :

Transmedia storytelling is the successful organic flow of narrative over a host of platforms, each one excelling at what it does best… the complex approach to telling a story over multiple platforms (both on and offline)… There are a host of elements to consider that reach far beyond traditional, linear storytelling.

Tweet de @SimonPulman, avocat, USA :

It is a generally accepted principle that collaboration and cooperation are critical elements when taking a transmedia approach to content creation and IP development.”

Morgan Bouchet, Orange, France :

A la différence du Cross-media qui décline un contenu principal sur des médias complémentaires, le transmedia articule un univers narratif original sur différents médias. Cet univers est porté par différents supports qui apportent, grâce à leur spécificité d’usage et leur capacité technologique, un regard nouveau et complémentaire sur l’univers et l’histoire.”

Claire et Manon, étudiantes, France :

Le Transmédia est une forme de narration qui inclut l’utilisation de plusieurs supports médiatiques de manière complémentaire, afin de développer un univers narratif. Il est basé sur la participation de l’utilisateur, et la naissance d’une communauté autour de l’univers. Qu’en pensez vous ?”

Scott Walker, Shared Storyworlds, auteur, consultant, curateur, USA :

In general, I view transmedia as the telling of a story (or a set of stories in a shared world) across multiple platforms and mediums. However, we are still far from agreement over both the term and its definition.

The practice of transmedia predates the term by decades or even centuries. In many ways, we’re still experimenting with it, working our way towards both a vocabulary and a refined set of practices. And it’s important to understand that transmedia isn’t limited to science fiction/fantasy or even entertainment. Transmedia can be applied to documentary filmmaking, education, politics, non-profit, etc. We truly are just beginning to understand its full possibilities and promises.