La Méthode c’est nous. Nous sommes la méthode (2022)

Dans la série « webisode » et « side stories » je propose la dé-concentration.

Après avoir fait le tour des archives, en tant que « données collectées », et le tour des auteurs, en tant que références scientifiques, je fais une over-dose de contenus à lire, non lus, car chaque jour, ils augmentent. Classés, en classement, en ordonnancement, en panne de catégorie parfois, car, non, il n’y a pas de classification pour la somme des données accumulées, dans ma recherche. Celle que j’avais préparée en année zéro n’est plus d’actualité, mais par contre la transformation indique les grandes thématiques : design, management de projet, professionalisation, arts, politiques publiques des industries culturelles, innovation en entreprises, communication et marketing des organisations, … Il va falloir « jouer sa peau » (« Skin in the game », TALEB, via DENA) c’est à dire prendre le risque de ne pas tout classer et en perdre au passage des transferts. Mais, avec la croustillante annecdote ci-dessous illustrée par la photo des 6 tomes de La Méthode d’Edgar MORIN, j’ai franchis une étape : « Milestone ». L’échaffaudage, dont parle souvent Tara BRABAZON, s’est terminé, il me reste à grimper.

Morin : La Méthode Pix @KHenthusiasm

Side Story :

 » Je sors du CNAM, je rends la clé, nos noms sont sur le tableau de la loge, comme d’habitude je marche sur les boulevards. Je m’arrête chez le bouquiniste, je vais dans la section essais, je chine, je passe piocher dans « anglais », je vérifie tous les prix. Je jette un oeil sur les étagères, au cas où, mais en général, là-haut c’est plus cher. Tiens, Morin. Tiens un autre Morin. Et tiens, La Méthode, 6 tomes, bien rangés, avec un élastique pour les tenir ensemble, cher. Je me dis que l’on vient juste d’en parler et que ce n’est pas nécessaire, ne pouvant pas partir sans Morin, j’en prends un autre, à la caisse le jeune homme : « si vous voulez, je vous enlève 10 euros dessus », il vise l’étagère et rajoute : « J’ai vu comment vous vous êtes arrêtée dessus ! ». J’ai reposé le Morin solitaire et j’ai pris le Morin total, avec son élastique, le transmédiateur… celui/celle qui tient tout. »

L’ensemble des données ne fait pas ma recherche. Ma pensée ne fait pas ma recherche. L’ethnographie que je compose maintenant ne fait pas ma recherche. Les transformations, les erreurs, les confusions, les moments clés, les résolutions, les surprises, les séminaires, les anglophones, les français, les « jeunes chercheurs », les « séniors », les « prof. », les fonctionnaires de l’état, les indépendants, les chefs d’entreprises, les femmes en réseau, les doctorants, les Youtubers, les Podcasters, et j’allais rajouté : les entrepreneurs. 

Différencions les entrepreneurs dont le verbe « entreprendre » montre une volonté d’activité, alors que la mention « chef d’entreprise » montre le côté surveillance dans un dispositif foucaldien du travail humain… L’Animal Laborans de Hannah ARENDT. L’Homo Faber, de Arendt aussi, serait plus du côté de l’entrepreneur qui crée. Tout cela entre dans plus de 30 ans de réflexion. Quand on débute, à 16 ou 18 ans dans le monde du travail, on ne sait pas ce qu’on veut. Je n’ai jamais imaginé que j’allais poursuivre des études à plus de 50 ans. Pourtant, avec le recul je ressens la fibre que j’avais ressentie dans mon premier « amphi ». C’était à New York, à Hunter College, dans Manhattan, pour un cours de Stuart EWEN. Il habitait, et habite toujours de l’autre côté de Hunter College, traversant Central Park depuis le East Side vers le West Side, où je résidais à l’époque. J’avais eu des cours en France, à Charles V, Paris, le Marais, devenu le CRI, en anglais, et à Jussieu, en « Communication ». Mais pas d’amphi. Des petites salles poisseuses et des prof fatigués. Mais il fallait que je parle anglais pour « partir ». Chose faite, j’ai pris le flash de « Human Communication » ! Mais comment était-il possible de pouvoir étudier la communication humaine ? Cette perspective m’a littéralement habitée. Elle ne m’a jamais quittée. Alors il me semble logique que si j’étudie pour une thèse plus de 30 ans après cette expérience, même si je change de pays, de langue, de désir, et de besoins, l’échaffaudage que j’ai constuit se soit monté sur un fondement en « communication humaine ». Or, il n’y a pas de discipline, ni même de cours universitaire, qui porte cette appellation en français. Tant pis, tant mieux. C’est ma Méthode à moi. Je fais ma méthode, je suis ma méthode. La méthode qui fait ma thèse est la mienne, elle n’est pas interchangeable. Je ne peux pas vous la donner, je peux vous la lire à voix haute, je peux vous la présenter, mais elle n’est pas répliquable. De la théorie ancrée, je suis passée à l’éthnométhodologie, mais je me rends compte que je suis passée par la recherche-action, voire la recherche-création. Il y a d’ailleurs un caractère tellement ethnographique, et auto-ethnographique, que j’ai même amusé la gallerie avec ma proposition de « PhD by Therapy ». Car, oui, c’est une thérapie scientifico-professionnelle longitudinale… (sourire). Mon syndrome de l’imposteur m’a bien aidée à rallonger la construction de la méthode, de l’échaffaudage, pour pouvoir aller porter, en haut d’un édifice, une nouvelle :  

Le/la transmédiateur.e est une fonction de l’invisible qui met en cohérence l’activité humaine dans un design transmédiatique.

Les écarts de route, les retards, les déviations, n’ont fait que préparer une chirurgie à coeur ouvert : « Ablation du syndrome de l’imposteur chez une doctorante de plus de 50 ans sans antécédents scientifiques ». Autorisée à quitter l’hopital. Je suis libre, je vais pouvoir, écrire.

Side Story : Edgar Morin.

Edgar. Je vous connais. La dernière fois que je vous ai vu, c’était à Mouans-Sartoux pour le festival du livre. Je vous croise bien sur, comme une évidence, dans les sentiers autour de la salle, pleine. Je pars car il n’y a plus de place. Et je tombe sur vous. « Je suis Karine, je vous ai rencontré avec le Collegium International ». Le mot était dit. Nous avons une pensée émue pour Stéphane Hessel. La jeune femme qui vous accompagne est surprise mais souriante, cependant je ne veux pas empêcher le mouvement et vous mettre en retard. Je file : « On vous suit sur Twitter, les jeunes vous suivent sur Twitter, continuez à Twitter, tous les jours, c’est très important ! ».

Le mot est dit. Il sourit, il est content, il est surpris, il ne peut en placer une, je suis déjà partie. Edgar, je suis émue. Je vous ai admiré. Je vous ai servis du whisky. Et tous les jours, vous Twittez. Est-ce vous ? Votre ami, Stéphane Hessel, m’a récité du Rimbaud. Vous, vous récitiez la Terre, et c’est bien normal si c’est avec vous que je suis entrée dans le 21ème siècle. Par contre, je n’ai pas su, jusque maintenant, que votre méthode allait pouvoir devenir un cadre théorique à investir. J’ai mis des années pour le comprendre. Pardon, chez Edgar, pardon d’avoir tarder à être et donner à voir. Car grâce à vous je sais que l’on peut « savoir voir » et « voir le savoir ». Maintenant je voudrais donner à voir un savoir construit, avec ma méthode, tout en m’accrochant, pour survivre, à la votre.

REF.

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i08017748/edgar-morin-a-propos-de-son-livre-pour-sortir-du-vingtieme-siecle

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