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2.0.2.1. Transmédiation expérimentale

L’excellent programme de la 14ème édition des Entretiens du Nouveau Monde Industriel des 22 et 23 décembre 2020 –
https://enmi-conf.org/wp/enmi20, fil #ENMI20 sur Twitter, organisée par l’IRI (avec la chaire « Éthique, technologie et transhumanismes » de l’Université Catholique de Lille), avait comme thématique : « Prendre soin de l’informatique et des générations ». 1ère édition qui suit le décès du philosophe et fondateur BERNARD STIEGLER.

Vincent PUIG, directeur et co-fondateur de l’IRI, prend la parole et rappelle les thèmes chers à Stiegler : l’informatique théorique et les générations. Il pourrait être de notre responsabilité de lier les thèmes informatique et générations, notamment depuis 2008 avec un texte de STIEGLER, « Prendre soin de la jeunesse et des générations » (2016, dernier chapitre) et pour lui rendre hommage : « la meilleure manière est de travailler ».

C’est aussi la première fois, comme beaucoup de séminaires et réunions de 2020, que tout se passe « online » et dans cette expérience interactive #ENMI20, je peux m’interroger sur le caractère transmédiatique de celle-ci et l’émergence du rôle de « transmédiateur ». Une réponse me semble se dessiner dans l’univers (famille Storyworld) avec des archives de l’édition de 2014 – https://enmi-conf.org/wp/enmi14/session-3 – nommé « Traces, rétentions, raisons : organologie et pharmacologie des études digitales », de et avec Bernard STIEGLER, vient dans la méta discussion (serait-ce des « contenus générés par les utilisateurs », UGC – User Generated Content) où Vincent Puig nous rappelle le « bloc magique » dans la version de Freud – https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-1101171830 – « Machine d’écriture, une métaphore du fonctionnement de l’appareil psychique comme texte », cité par un intervenant, et j’en prends bonne note pour illustrer les différents supports analogiques qui peuvent entrer dans une création transmédia (la famille Multiplateformes).

Dans #ENMI20, je remarque la qualité de médiation des savoirs de la part de Vincent Puig et de son équipe; la qualité des interventions et des intervenants; la qualité des discours et de la rhétorique.

Je note que la forme prend plus d’importance encore en ligne que sur site (en local, dans la vie réelle) car les défauts de la prise de parole en public sont grossis quand on travaille « online », tout comme, du coup, les qualités vont être également grossies. Un bon moyen donc de se rattraper quand on débute avec les expériences « full online », typiques de la nouvelle ère #Covid19, c’est de focaliser sur quelques bonne pratiques de facilitation en ligne pour amenuiser les choses qui nous échappent. On se doit de faire des efforts quand on intervient en ligne. Et, c’est assez logique, les caractéristiques individuelles dans la vie réelle sont aussi grossies en ligne. Parler vite devient trop rapide, lire devient ennuyant, dire devient un art majeur…

Je retrouve des noms, des signes, des idées et même des lieux puisque online veut dire global. La référence à des lieux que j’aime m’intéresse spécialement, c’est la re-connexion au réel par le biais de la géo-localisation off-line. La vie analogique serait alors celle retranscrite sur des matériaux non numérique, et la vie réelle serait devenue hybride, entre le non numérique et un virtuel puisant dans nos souvenirs… Je n’ose imaginer la complexité de cette réflexion tellement il y a des travaux sur ces sujets. Si je dois me positionner dans ma thèse je devrait me recaller à chaque étape de celle-ci, me recadrer, pour ne pas rester hybride et afin de passer en mode réel ou analogique en trans-formant le déterminisme numérique en outil controllé plutôt que de le subir comme une contrainte.

Et je remplace « technologique » par « numérique » et je zappe « digital » de « digit », numéro.

J’avais repéré Mathieu TRICLOT il y a quelques années sur Twitter du fait de son travail sur la philosophie des jeux vidéo, il fait partie de mes favoris de ces journées avec des découvertes juteuses dont le formidable Yuk HUI : http://digitalmilieu.net/about-yh/, ainsi que Peter SWENDY, notamment au sujet de la performativité et avec « Vers une écologie des images », un vidéo-colloque ponctuant le démontage de l’exposition « Le Supermarché des images » dont il est commissaire (http://lemagazine.jeudepaume.org/2020/11/colloque-ecologie-images/)

Mathieu Triclot fait le lien avec la CYBERNETIQUE, pont épistémologique entre mes « familles » et BATESON est cité plusieurs fois, ces pistes me ravissent. Et la conclusion appuie le sujet du DESIGN avec une personne que je suis aussi depuis quelques années, Anthony MASURE qui intervient sur ce sujet et bien sur a bien préparé son intervention avec des slides ouvertes ici : http://www.anthonymasure.com/conferences/2020-12-automatisation-design-enmi.

Tout un fil de meta discussion s’est tissé à propos de la cybernétique, je note une micro phrase du chat : « Il y a énormément d’analogies à faire avec les écosystème », qui, dans cette simplicité souligne la complexité du sujet. Je parie que 2021 sera, en plus de la Nouvelle Renaissance à son plein, le support dialectique pour la phase 2 du concept transmédia et la cybernétique de l’ère tout numérique. Et j’en appelle à mon amie Geneviève BOUCHE, futurologue cybernéticienne (qui était venue à une expérience réalisée avec l’IRI dans le cadre de leur projet de recherche NEXTLEAP en 2017), elle vient de terminer son nouvel ouvrage qui n’est pas encore publié mais dont vous trouvez des informations via son fil Linkedin. Ces ramifications intellectuelles et individuelles me font penser aux ramifications qui se tissent dans l’expérience transmédia. Ce sont les affinités de chacun qui nourrissent l’univers narratif global (Storyworld). Finalement, le jeu des « 7 familles transmédia » est présent dans cette expérience, de façon endogène et exogène, j’en tire une leçon. Pour la famille Multiplateformes, que je voudrais renommer « Supports ou Channels » pour canaux en français, il y a en principal et en direct Live :

1> La plateforme ZOOM contrôlée par une personne en « régie » qui peut activer et désactiver nos micros, on peut actionner notre main virutelle pour et interagir dans le chat (qui s’écrit chat et non tchat !). C’est de notre choix de montrer sa propre image en vidéo ou non, et c’est bien de le rappeler, comme le fait Vincent. Est-il un transmédiateur ?

2> Le POLEMIC TWEET, un outil open source dessiné et produit par l’IRI (famille Design) est un site interactif en tant qu’outil d’annotation et d’enregistrement des interventions, une ressource idéale qui me semble ne pas être assez utilisée et que j’ai eu l’occasion de tester plusieurs fois. Le Polemic Tweet indexe et archive : surlignage avec bouton important
pour reformuler un propos de l’intervenant, bouton « Trouble » pour mettre en marge, bouton « vert » pour des commentaires libres, bref des outils de contributions, sans doute de « trans-individuation » pour Bernard Stiegler, dixit Vincent.

C’est l’équipe de Vincent Puig qui m’a donné l’occasion de réaliser une preuve de concept du jeu des 7 familles transmédia en 2014 : https://polemictweet.com/fens2014-transmediamix. C’est aussi là que j’ai écouté Louise MERZEAU utiliser le terme transmédia. Et, des années plus tard, je rejoins son laboratoire en tant que doctorante débutante avec humilité car je me sens de plus en plus petite face à l’immensité du savoir et des contraintes méthodologiques. Les synchronies accumulées depuis 2010 sont juste insoutenables pour mon équilibre créatif, il faut beaucoup de recul pour accepter de prendre du recul… La vue synthétique ne peut s’acquérir en cherchant, il faut espérer que les synthèses arrivent dans un ravissement créatif propre au créateurs (le flow comme diraient les vrais coachs…), et ceci est sans doute la même chose pour le chercheur.

C’est Alexandre MONNIN qui m’a fait connaître l’IRI et c’est Nicolas SAURET qui m’a accompagnée pendant l’expérience de 2014. En 2020, j’ai retrouvé ces noms dans mes tribulations en ligne, Nicolas à soutenu sa thèse au DICEN et j’ai observé un séminaire sur le design co-organisé par Alexandre que j’ai souvent rencontré avec plaisir.

Les travaux de Bernard STIEGLER m’avaient été introduits par des réalisateurs de films vers 2002, mais je n’avais pas saisi l’importance de ce mouvement. Je me disais bien qu’il manquait un renouveau en philosophie mais je n’étais pas, et ne suis toujours pas, calée en philosophie pour assumer mon avis dans une assemblée si qualifiée, voire prestigieuse. Il aura fallu donc une quinzaine d’années pour affiner cette pensée que j’affine encore… En 2011 je voulais discuter d’une Nouvelle Renaissance avec les copains des fils Twitter, mais c’est en 2019 que j’ai totalement assumé cette idée que nous étions déjà entrés dans la #NewRenaissance. Et c’est Sébastien MASSART qui, en tant qu’intervenant, prononce le mot : Renaissance. L’émergence d’une nouvelle génération de philosophes me rassure sur ce point. Non, il n’y aura pas, plus, de déterminisme numérique, çà suffit. Je ne dirai plus déterminisme technologique mais bien numérique, et non digital. Sans compter l’absurdité du tout « propriétaire » au regard de « l’open source », encore un sujet qui influence sur la façon dont les contenus sont distribués dans des contenants pour leur disséminiation, au regard de la chaîne de création transmédia par exemple.

Il me restera de ces 2 journées exceptionnelles une liste de termes et concepts que je souhaite utiliser. Par exemple l’idée de la « finalité ouverte » me revoit immédiatement au concept transmédia : la création transmédia n’est pas finie, par essence elle ne peut pas l’être, et je devrais le démontrer. Il me reste des pistes de réflexion ardues, des lectures à approfondir et des indications d’auteurs déjà cités dans mes échanges avec des praticiens transmédia, des chercheurs et des intellectuels, SIMONDON et DERRIDA en particulier. Sur le Cycle de l’image de Simondon : https://enmi-conf.org/wp/enmi14/session-2/.

Il me plait de savoir que la phénoménologie dont m’avait parlé mon ami et mentor décédé trop jeune BRIAN CLARK, est abordée par les citations qui renvoient à HUSSERL. Ce qui fait le lien avec Hannah ARENDT qui n’est pas assez présente dans cette discussion mais dont les termes  TRAVAIL et OEUVRE, représentatifs de la triade de ARENDT dans « Condition de l’homme moderne », 1958, sont bien des clés d’entrée dans mon univers de débutante (famille Storyworld) trans-formé à l’épreuve d’un travail d’apprentissage du métier de chercheur…

La triade : la vita activa désigne 3 activités humaines, Travail (Animal Laborans), Oeuvre (Homo Faber) et Action. « L’action, la seule activité qui mette directement en rapport les hommes« , Hannah Arendt.

Il me reste un profond sentiment de respect humaniste, un espoir de voir ce respect se propager et le soulagement de savoir que des chercheurs et philosophes, jeunes et moins jeunes, travaillent à l’éducation (et je voudrais dire à l’apprentissage) des générations présentes et futures. Il faut aider ces mouvements en contribuant, il faut les mettre en lien, « médier », et non pas médiatiser vulgairement comme on le fait d’habitude et de plus en plus, afin de re-médier, dans le sens du remède, et avec l’idée de la médiation bienveillante. Faut-il « trans-médier » ? …

Dans le chat #ENMI20 je remarque l’idée qu’il faudrait lancer un « médiation new deal » ou « relation new deal » pour contrer le « screen new deal »… une méditation pour 2021. Je retiens, également rappelé par Vincent PUIG, le surréalisme selon Joan BODON qui fait un lien avec mon approche de par une écriture automatique où « le sens émerge indépendamment de la syntaxe, et dans un processus de constitution de sens sur le moment. Dans cet exercice d’écriture automatique, incalculable précisément, il n’y a pas de sens a priori ».

Est-ce une « synchronie » que de voir décéder en 2020 plusieurs personnalités exemplaires sans que cela soit forcément lié à #Covid19 ? Je dis oui car mon objectif est de favoriser l’esprit critique et l’exigence de vigilance vis à vis des récits sur le thème d’un certain virus pour lequel les média du monde entier ont créé de la peur avec l’aide des gouvernements.

Disparition de STIEGLER : https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/08/07/le-philosophe-bernard-stiegler-est-mort-a-l-age-de-68-ans

Merci à Emmanuel BETHOUX et à tous les collaborateurs des 7 familles depuis 10 ans.

Merci au Professeur Yvon PESQUEUX qui m’a heureusement bassiné avec Hannah Arendt.

Merci aux Professeurs Sophie PENE et Manuel ZACKLAD qui prennent le risque de m’accueillir.

2011-2020, Field Notes A Posteriori

Nous sommes en 2011. Henry Jenkins nous recadre avec son approche qu’il a développée depuis le  MIT jusqu’à Hollywood en rejoignant l’Université of Southern California. Il est a l’origine du mouvement appelé Transmedia Hollywood qui réunit des théoriciens et des praticiens de tous bords et pas seulement américains bien que uniquement anglophones (toutefois en 2022 j’y ai retrouvée une chercheuse que j’avais croisée en séminaire pendant le confinement). De plus en plus de professionnels, tant des créatifs indépendants que des entreprises de production et distribution de produits culturels, ou encore des fabricant de services technologiques et des journalistes, sont à l’écoute d’une passionnante discussion en ligne sur des réseaux sociaux, blogs, supports de presse, puis très vite lors d’évènements dédiés (séminaires, congrès, conférences, ateliers, festivals).

NB : Un corpus de ma recherche est composé des archives que j’ai rassemblées pendant ces longues et globales conversations en ligne et lors des évènements entre 2010 et 2015. 

Jenkins rappelle que la Producer’s Guild of America annonçait en 2011 le titre professionnel de « Producteur transmédia » ce qui établierait ce rôle comme métier à part entière. En effet, d’autres pays s’inspirent des déclarations de syndicats professionnels américains particulièrement dans les industries du divertissements 

Jenkins poursuit frontalement avec « la plupart ne savent pas de quoi ils parlent… » (But many using the term don’t really understand what they are saying » ). Grâce à une liste de 7 mythes au sujet du terme transmédia, il nous rappelle que le « transmedia storytelling » est une stratégie puisqu’il utilise ce terme dans son mythe n°1 et n°2 aussi, en précisant que cette stratégie est « promotionnelle » (mythe n°2) et qu’elle rassemble plus qu’une seule plateforme médiatique (« media platform »). 

Pour lui, dans une stratégie transmédia les éléments d’un récit sont dispersés sur un ensemble de plateformes qui chacune contribuent à un « tout ». On pourra se questionner de savoir si ces plateformes sont numériques. C’est ce que les praticiens vont appelé, dès 2009, une « expérience transmédia ». Jenkins s’explique en précisant que les premières expériences transmédia (on devrait d’ailleurs choisir le terme « expérimentations » pour la traduction exacte de « experiment » qu’il utilise) ont été financées par des campagnes marketing. 

On pourra affiner dans les détails les termes et les différences de compréhension en fonction des métiers exercés dans la production de telles expériences et dans l’élaboration de telles stratégies. Ce qui m’intéresse ici est exactement le choix de la stratégie même si Jenkins insiste sur le fait qu’elle est possible par une impulsion créative nécessaire. Est-ce que pour lui l’expérience transmédia n’existe qu’avec des conditions ? C’est une piste importante à explorer en comparant des études de cas par différents prismes et en expérimentant dans des conditions où l’inspiration créative n’est pas le socle de la production transmédia (comme par exemple avec les cas dit non natifs).

Avec l’arrivée de l’expression « transmedia activism » dans la conversation internationale, nous arrivons vite à un débat grandiose avec une série de monologues, dialogues et conversations au sujet de terme transmédia en tant que projet culturel, oeuvre, campagne, technique de production et distribution, bref, le terme est valorisé, puis dévalorisé, adoré et rejeté, pour finalement être repris par des chercheurs en Europe et en Amérique du Sud pour prendre ses marques dans le monde académique. 

Dans la période 2010 à 2015, plusieurs anecdotes font le tour du monde (mais aussi des ouvrages et des études de cas) et, au fur à mesure des travaux des praticiens, des enseignants, étudiants et chercheurs, le terme transmédia perd ses auxiliaires « storytelling » et « expérience ». Il perd aussi de son panache et l’intérêt des mêmes professionnels se reporte sur des sujets plus technologiques qui font surface : réalité virtuelle, réalité augmentée. Les festivals et les métiers de la culture choississent le terme « immersion ». 

C’est le livre de Frank Rose, en 2011, qui tranche avec son titre explicite, The Art of Immersion, qui sera repris par les enseignants et les praticiens (sans grâce à mon intervention pour en faire la promotion particulière en France). Mais c’est Nuno Bernardo  et Andréa Philipps qui sont les premiers à publiés des ouvrages proposant des méthodes de travail et des conseils pour la création transmédia (comme pour Robert Pratten et Gary Hayes, et la thèse de Chrity Dena en 2009). Brian CLARK, journaliste et activiste spécialisé en théorie des média,  leader dans cette conversation et aujourd’hui décédé, viendra s’amuser autour du terme transmédia en tant que débat et repère d’activistes des « média studies », pour le mettre à l’honneur avec un article sur Facebook qui sera commenté par plusieurs centaines de spécialistes. Des influenceurs (dont je suis) des industries du divertissement sont parties prenantes de cette conversation, ou du moins l’observent et la commentent, y compris Henry Jenkins. Très peu de chercheurs en font partie. 

Un corpus de mon projet de thèse est dédié à cette conversation, aux archives que j’ai accumulées pendant cette période et à mes expérimentations sur ce sujet. Citons-en une. Fin 2010 je conduis une conférence en ligne avec un activiste créatif canadien, réalisateur de télévision et concepteur transmédia, Pierre Côté, ce sur plusieurs fuseaux horaires pendant une résidence d’artiste de la ville de Paris (La Générale). C’est mon  évènement artistique sur l’obsolescence technologique que je transforme en futurologie. J’y invite un ensemble des contributeurs afin de déclencher une conversation en ligne sur le terme « transmédia » et je demande à des professionnels de métiers différents et complémentaires d’y participer. Donc une préparation ad-hoc, des invités préparés et des des inconnus en mode ouvert. Typique de l’innovation ouverte. Mais sans budget. Tout le monde répond favorablement, tout le monde se sent concerné et en 2010 il y a de très rares outils pour converser en ligne en mode « live » avec un fil Twitter associé. Je leur pose la question suivante :

Transmedia : Storytelling or Experience?

Le sous-entendu est presque évident : le deux ! Narration et expérience sont des conditions pour une création transmédia. 

Forte de cette expérience internationale, je créé le jeu des 7 familles transmédia (sous licence Creative Commons) qui se veut un outil pédagogique et de design thinking. Il est envoyé à 100 praticiens et chercheurs du monde entier avec un questionnaire en ligne et une simple description en anglais sur un document partagé en format Google.

Après le lancement du jeu des 7 familles transmédia à Madrid en 2011, où le terme de transmédiateur est choisi d’un commun accord avec les co-organisateurs des ateliers, nous sommes au début d’une série d’ateliers, de conférences et de masterclasses, qui vont contribuer à attiser le débat et ramener le sujet dans un champ plus culturel, voire socio-cultuel. C’est en 2014 que je donne le coup d’envoi du Transmedia MIX avec l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou, pour tenter une ultime expérience… 

Ce travail de praticienne indépendante étant documenté en grande partie, fait l’objet d’un corpus, d’un corpora, dans ma recherche commencée en 2020 (et préparée en 2019). Ce corpus sera comparé aux théories de la communication, confrontés aux idées des humanités numériques, et il sera traité de façon à en ressortir des données utilisables dans l’analyse du discours de la communauté « partie prenante », dans l’organisation de l’analyse des études de cas, et exploité sur un nouveau terrain à titre de comparaison.

Transmédia : Concept indéfinissable ?

 *Article de 2011 : web.archive.org

Le concept transmédia tend à être une discipline communicationnelle et socio-culturelle, une pratique narrative créative, prenant en compte l’interaction et la participation du public par lesquelles le récit multidimensionnel se propage, se transforme et se transpose sur tous supports médiatiques complémentaires, numériques ou pas.

A cette pratique innovante et collaborative, peuvent s’ajouter toutes pratiques artistiques, des mécaniques de jeu, du web social et des évènements en temps réel.

Une création transmédia  – ou une campagne de communication transmédia – compose un univers narratif : le « Storyworld » de notre jeu des 7 familles transmédia.  La famille Storyworld tire le meilleur de chaque médium utilisé, donc de tous les média, y compris analogiques.

Les Mediaforms, formes médiatiques, demeurent des supports de diffusion et dissémination. Le récit est trans-porté et trans-formé par son audience qui peut devenir pro-active.

Le concept transmédia se base sur la combinaison de liens tissés dans le récit associé à une communauté. La culture participative prend possession de l’histoire, du récit, de l’œuvre.

La narration transmédia existe lorsque certaines conditions sont remplies et ce puis l’antiquité. Ce qui rend le concept nouveau à nos yeux du 21ème siècle (2011) ce sont les outils numériques, les vitesses de dissémination et les modes communicationnels émergents.

En 2010, j’ai créé la page Wikipédia du terme transmédia en français à l’occasion d’une expérimentation transmédiatique en résidence d’artiste. J’ai alors proposé plusieurs définitions en anglais dans le but d’amorcer une discussion globale et ouverte :

  • Transmedia involves a creative community and happens when STORYTELLING and EXPERIENCE come together in a creation designed for multiple devices, formats and platforms.
  • It is a concept, an adjective, a complex notion that is understood viscerally by each individual within a community of associated professionals and practitioners.
  • A project can be defined as taking a transmedia approach when both STORYTELLING and  EXPERIENCE are interwoven. Transmedia properties are those which tell different parts of the story across multiple devices on multiple « mediaforms ». A true transmedia experience would enlist the participation of a community.

Au fur et à mesure de ma recherche pratique et indépendante, avec beaucoup de rencontres professionnelles dans plusieurs pays et notamment nos Meetup ouverts à tous (de 2010 à 2015), je proposais le sens du concept à partir de 3 notions principales qui s’entremêlent pour réaliser une expérience transmédia :

  1. les campagnes en réseaux sociaux, le fameux  “social media marketing”,
  2. le récit transmédiatique, le fameux “transmedia storytelling”,
  3. et la production et création multi-formats, appelées en 2011 multiplatforms, ce que j’appelle les Mediaforms.

Notre postulat : transformer, transcender, hacker

Malgré mon postulat et les efforts soutenus dans la culture et l’innovation numérique pendant plus de 5 ans, et ce sur le plan international, les internautes, et les francophones en particulier, confondent le sujet de la création et communication transmédia avec d’autres sujets connexes tels que :

  • la production multiplateforme,
  • le contenu augmenté, et donc aussi la réalité virtuelle,
  • la franchise dans le secteur du divertissement,
  • les jeux vidéo,
  • les parcours animés,
  • l’expérience utilisateur,
  • le web social et les communautés, notamment il y a confusion entre  curation, et création et management de communautés
  • le marketing et le « branded content »,
  • le web-documentaire, le documentaire interactif.

Une hésitation se fait toujours sentir à propos de l’usage du terme. Notamment en ce qui concerne la façon dont l’utilisateur passe de contenu en contenu (de données en données) sans faire attention au fond du message qui influe son action, ni à ses gestes avec un outil numérique ou sans. Et c’est sans compter le flou engendré par la partie historique et drôle qui met en scène les acteurs de l’innovation industrielle, de la recherche, et les opportunistes capteurs de budgets, mais çà c’est une autre histoire qui sera traduite dans ce blog plus tard.

Il est encore possible d’entendre et lire des blogueurs, des prestataires de service en herbe ou expérimentés, séparer avec assurance l’idée de crossmédia du terme transmédia, et de se positionner très fort sur un axe commercial autour du concept flou dont personne ne détient les réelles valeurs académiques, historiques ou professionnelles. Alors, comme habitude et mimétisme, ils citent Henry Jenkins, comme si ce sujet ne repose que sur une personne, un seul chemin de travail.

S’il vous est important de vérifier les travaux sur le concept transmédia, référez-vous à la thèse de CHRISTY DENA et reportez-vous à TRANSMEDIA RESOURCE KIT, du Canada, en plus des évidentes pages WIKIPEDIA dont nous avons pu garder vivante la version française grâce à nos actions en 2011. JULIE STRATTON est une des toutes premières à avoir travaillé sur ce sujet en créant Transmediaresources.com, et SCOTT WALKER le premier à recenser les évènements sur le sujet, la formation de groupes de réflexion, et avoir proposé un fil de ressources documentaires. Il est également un des pionniers sur le thème de la narration, qui donc définit le concept transmédia avec la notion de SHARED STORYWORLD. D’autres pionniers méritent d’être cités.

Grâce à notre confrère STEPHEN DINEHART nous avons pu obtenir une référence afin d’éviter qu’une seule définition, un seul nom, voire une date, ne soit utilisée dans les blogs francophones. Il s’agit du livre de MARSHA KINDER –  Playing with Power in Movies, Television, and Video Games, 1991 University of California Press. Cette communication a été partagée sur les réseaux et reprises par des agences et blogueurs mais sans mention de leur source. Petit à petit la définition qui s’est propagée en français est restée basée sur peu de chose et invite les internautes francophones à une vision réduite du concept (à ce jour). Ce pourquoi nous agissons en élargissant notre réflexion et en mettant à profit nos années d’expérience et notre réseau de praticiens.

Un nombre, qui allait en grandissant, d’entreprises a tenté l’aventure du concept transmédia en le positionnant en tant que genre ou action de marketing, ce qu’il n’est pas seulement. Je le positionne en tant que discipline en faisant référence à la TRANSDISCIPLINARITE, qui, comme son nom l’indique, à un besoin de compétences multiples associées et combinées pour la création et le communication transmédiatique.

Ce concept demande une telle ouverture d’esprit, qu’il faut y aller avec ses tripes.

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Le jeu des 7 familles transmédia, 2010  Karine Halpern

Nos archives nourrissent nos réflexions que nous partageons via des réseaux sociaux depuis 2010. Beaucoup ont été reprises, souvent sans mention ou citation des sources. Il m’a été donné de surveiller comment les praticiens et les entrepreneurs allaient prendre possession puis lâcher ce concept. J’ai donc créé ma méthode d’accompagnement au projet transmédia qui se fonde sur la maïeutique et introduit la notion de groupes  « transients ».

Nous, au sein de l’association Transmedia Ready*, restons fidèles aux pionniers loyaux et faisons le plaidoyer pour le concept transmédia en tant que discipline socio-culturelle et artistique, en tant que pratique communicationnelle, avec un point de vue anthropologique, voire philosophique, dans le respect des travaux de qualité. Nous avons une vision post révolution numérique et prônons une éthique des pratiques numériques.

Pour valider nos idées, j’ai rencontré personnellement les praticiens, experts et chercheurs, pour les interroger et vérifier nos réflexions. Mon travail se base aussi sur une carrière de plus de 25 ans ans dans la culture et la communication, la coopération internationale et la production de contenu artistique ou de commande.

Du point de vue de la terminologie, la langue choisie pour exprimer le concept étant très importante dans le résultat de sens, je mets parfois deux versions en parallèle quand c’est à propos (français et anglais).

En français, nous ne pouvons pas dire « LE Transmédia », encore moins l’écrire avec un T majuscule : il ne s’agit pas d’un nom propre mais d’un adjectif.

Merci à @EmmanuelBethoux (Twitter), professeur documentaliste, ingénieur pédagogique et transmédiateur, pour sa recherche et son intégrité. Le terme s’accorde donc avec un nom et si vous appliquez cette règle linguistique vous avez alors plus de facilité à comprendre et vous approprier le concept. Le terme ne peut donc pas prétendre à une discipline qui serait  ”Le Transmédia” nous dirions donc : la narration transmédia, la communication transmédia, la production, la pratique, l’œuvre, un dispositif ou une expérience transmédia, ou encore : transmédiatique.

Un concept peut donné lieu à une discipline qui elle donne lieu à des pratiques puis des méthodologies.

Pour identifier une bonne pratique il faut déjà repérer les mauvaises pratiques, spécialement autour d’une discipline nouvelle, souvent mal analysée. Dans la discipline que nous revendiquons, se confondent les genres et les prismes et c’est à partir de ces observations que nous avons identifié une série de catégories listées dès 2012 qui se vérifient au fur et à mesure des avancées technologiques et des usages.

Un univers narratif, donc un récit multidimensionnel, est suffisamment large pour être relié avec d’autres récits complémentaires (side-stories). Notre confrère ULRICH FISCHER parle justement de « récit combinatoire ». Cet univers narratif transmédia peut être abordé par plusieurs points d’entrée distincts et indépendants les uns des autres, donc les éléments narratifs qui constituent une œuvre ou une campagne de communication transmédia peuvent être explorés indépendamment les uns des autres par le public. L’interaction, le partage, est une condition, peu importe le niveau de cette interaction : passif, actif, ré-actif, pro-actif, rétro-actif.

Une plateforme fait référence à un site Internet de diffusion de contenu(s), cela ne donne pas le degré d’interaction possible pour le public. Un MEDIUM est un canal de communication dirigé vers un récepteur depuis son émetteur, donc aussi un support de diffusion. Il n’y a pas d’obligation pour ce canal d’être connecté à l’Internet. Le médium existe de façon analogique. Le travail de MARSHALL McLUHAN n’est pas du tout obsolète, au contraire ! Quand il invite à penser au médium en tant que message, c’est toute une leçon de bonne pratique qui reste encore à explorée.

Cette redéfinition est rendue complexe du fait de la nécessité de symbiose entre des disciplines artistiques et professionnelles qui se coordonnent dans la pratique transmédiatique.

Il convient de non seulement re-contextualiser, mais de prévoir des ponts entre les spécialités de chacun des praticiens, des co-créateurs, avec leurs compétences qui tiennent compte du vocabulaire, des usages et des outils, tout en identifiant les bonnes pratiques dans un contexte trans-culturel. Il n’y a pas de règles dans la création transmédia, chacun est libre de créer, coopérer, ou non.

Dans le cadre de notre démarche chacun est invité à réfléchir par lui-même à la définition en favorisant les possibilités intellectuelles et créatives.

Ci-dessous, un travail sur la problématique de la définition en 2012, effectué pendant mon cours pour le « Master Transmédia” de Sciences Po, IEP de Grenoble. Vous pouvez observer comment chacun définit et orthographie le terme, ce qui donne une indication concernant l’appropriation du concept.

Henry Jenkins, in Convergence Culture, 2006 :

“Transmedia storytelling represents a process where integral elements of a fiction get dispersed systematically across multiple delivery channels for the purpose of creating a unified and coordinated entertainment experience. Ideally, each medium makes its own unique contribution to the unfolding of the story.

“… transmedia storytelling as storytelling across multiple forms of media with each element making distinctive contributions to a fan’s understanding of the story world.”

Révisé :

« A transmedia story unfolds across multiple media platforms with each new text making a distinctive and valuable contribution to the whole. In the ideal form of transmedia storytelling, each medium does what it does best »

Traduction de Karine Halpern, origine  Owni.fr 2010 :

Un récit transmédia se déploie avec chaque élément narratif contribuant distinctement à l’ensemble du récit à travers de multiples supports médiatiques. Dans sa forme idéale, la narration transmédia permet à chaque support de faire ce qu’il sait faire de mieux.

Jeff Gomez, Starlight Runner Entertainment, USA :

“The art of conveying messages, themes or storylines to mass audiences through the artful and well planned use of multiple media-platforms.”

Traduction et note Karine Halpern :

L’art de communiquer des messages, thèmes et récits narratifs à un public de masse, grâce à une stratégie artistique qui utilise la multiplicité des supports de diffusion.

Jeff Gomez nous invite à la notion de récit narratif multidimensionnel – “Multi-Dimensional Storytelling” – et de changement de Paradigme. En 2010 l’agence J. Walter Thompson publia une définition sans mentionner sa source dans “100 Things to Watch in 2011″,  Voyez par vous-mêmes :

“The art of communicating messages, themes and story lines to mass audiences through strategically planned use of multiple Transmedia platforms”.

Avec Gomez nous sommes dans la catégorie “franchise”, ce qu’il a utilisé comme concept pour influer sur la Producers Guild of America pour faire admettre le terme « transmedia » avec le métier de “Transmedia Producer”. Cette action déclenché une polémique sur la définition (Filmmaker Magazine, USA, 2010). Depuis, les choses ont changé, cela peut faire l’objet d’un article dédié.

Alison Norrington, auteure et consultante, Storycentral, UK :

Transmedia storytelling is the successful organic flow of narrative over a host of platforms, each one excelling at what it does best… the complex approach to telling a story over multiple platforms (both on and offline)… There are a host of elements to consider that reach far beyond traditional, linear storytelling.

Tweet de @SimonPulman, avocat, USA :

It is a generally accepted principle that collaboration and cooperation are critical elements when taking a transmedia approach to content creation and IP development.”

Morgan Bouchet, Orange, France :

A la différence du Cross-media qui décline un contenu principal sur des médias complémentaires, le transmedia articule un univers narratif original sur différents médias. Cet univers est porté par différents supports qui apportent, grâce à leur spécificité d’usage et leur capacité technologique, un regard nouveau et complémentaire sur l’univers et l’histoire.”

Claire et Manon, étudiantes, France :

Le Transmédia est une forme de narration qui inclut l’utilisation de plusieurs supports médiatiques de manière complémentaire, afin de développer un univers narratif. Il est basé sur la participation de l’utilisateur, et la naissance d’une communauté autour de l’univers. Qu’en pensez vous ?”

Scott Walker, Shared Storyworlds, auteur, curateur, USA :

In general, I view transmedia as the telling of a story (or a set of stories in a shared world) across multiple platforms and mediums. However, we are still far from agreement over both the term and its definition.

The practice of transmedia predates the term by decades or even centuries. In many ways, we’re still experimenting with it, working our way towards both a vocabulary and a refined set of practices. And it’s important to understand that transmedia isn’t limited to science fiction/fantasy or even entertainment. Transmedia can be applied to documentary filmmaking, education, politics, non-profit, etc. We truly are just beginning to understand its full possibilities and promises ».

_*Transmedia Ready became incorporated in 2017 as a small corporation and Transmedia Alliance is a non for profit registered in France. You can find the Alliance on LinkedIn.

_*Article publié en 2011, révisé en 2012 et 2017.